Organologie

S’il est important de raisonner sur notre rôle à jouer au sein de notre société, ne pas oublier qui nous sommes peut renforcer l’impact de ces rencontres.

Certains pourraient croire que nous lancer dans un exigeant programme d’organologie serait une démarche très élitiste, l’exact miroir à nos tentatives d’ateliers et de médiation à l’adresse des plus éloignés ou tout du moins du public de demain. Nous pensons au contraire que ce besoin d’avancée en terme de recherche sera l’occasion d’un projet plus vaste, qui pourra notamment par son aspect manuel et artisanal mobiliser et séduire le plus grand nombre :

Durant le XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe siècle, l’orchestre attaché à la monarchie en France se nomme les 24 violons du roi. Sous la baguette de Jean-Baptiste Lully, l’école française de violon atteint alors une renommée considérable, concurrençant grandement l’école italienne.

Les violons du roi sont des musiciens virtuoses qui jouissent de nombreux privilèges – ils sont notamment dispensés de l’impôt et portent l’épée.

 

Quelle était l’origine des instruments utilisés par les violons du roi ?

« Les joueurs de violon parisiens et les violons du roi mettaient au-dessus de tous les modèles les instruments de Crémone. Sur vingt-quatre violons rencontrés de 1611 à 1712 dans trente inventaires de mobiliers de violons du Roi, le notaire a précisé l’origine de cinquante et un instruments : trente-deux de Crémone, deux de “Bresse”, c’est-à-dire Brescia, douze de Lorraine et cinq de Paris, dont deux du “nommé Regnault”1. »

 

Ces instruments existent-ils encore aujourd’hui et pouvons nous les reproduire ?

En 1690, le fameux luthier crémonais Antonio Stradivari reçut une commande de Ferdinand III de Médicis. Au total, cinq instruments furent livrés au prince : 2 violons, un contralto, un ténor et une basse. Ceux-ci sont parvenus jusqu’à nous et représentent certainement le témoignage le plus éloquent du type d’instruments qui auraient pu être utilisés par les violons du roi.

Parmi eux, le ténor est celui qui a traversé les siècles en ne subissant presque aucune modifcation, alors que la plupart des instruments ont été « modernisés » au fl du temps. Il est à nos yeux la source d’information la plus fable pour reproduire un instrument (quinte) qui pourrait renaître au sein de l’orchestre baroque au service du répertoire français (Lully, Charpentier, Campra…) que Les Nouveaux Caractères et d’autres ensembles défendent régulièrement sur scène et au disque.

1. Bernard BARDET, Les Violons de la musique de la chambre du roi sous Louis XIV, Paris : Société française de musicologie, 2016. 18

 

Pourquoi reproduire de tels instruments ?

En 1987, les représentations d’Atys de Lully par Les Arts forissants dirigés par William Christie dans la mise en scène de Jean-Marie Villégier frent l’effet d’une bombe et marquèrent un éblouissant renouveau de la musique baroque. Ce qui avait été perçu au début comme un phénomène de mode persiste depuis lors.

Notre projet de reconstruction du quintette de cordes des 24 violons du roi s’inscrit donc dans cette démarche d’authenticité et de fdélité à l’interprétation du répertoire baroque français, dans l’idée de construction d’une référence mondiale en organologie avec pour cadre expérimental la renaissance de l’opéra Circé de Desmaret que nous donnerons en concert et que nous enregistrerons à l’horizon de 2020 pour le château de Versailles.

La suite logique de ce projet est une démarche de diffusion de ces instruments à travers des prêts, notamment vers les conservatoires ayant un département de musique ancienne, et la location à des ensembles qui défendent ce répertoire et qui souhaitent apporter à leur interprétation une couleur orchestrale inouïe depuis le XVIIIe siècle.