Stabat Mater

1 – A la merci des sens…

C’est ce que nous pourrions dire de notre expérience du travail avec David Bobée.

Au-delà de la joie et de la fierté d’un spectacle que nous avons aimé passionnément jouer, Dios Proveerà, la rencontre artistique nous appelle à de nouvelles aventures.

Car l’évidence est là : David sait parler de la douleur, de la perte, mais aussi de l’espoir, du cycle de la vie – et de la mort – qui se perpétue et nous fait grandir.

Avec force et courage, il ne jette pas un voile pudique sur ces « grands sentiments ». Il sait capter l’âme humaine par les corps, leurs vibrations, leurs musiques, leurs « maux », et faire entendre leurs voix.

Alors pour nous, Les Nouveaux Caractères, ce Stabat Mater s’incarne sous son regard, jeune et profondément humain, comme l’était celui de son compositeur, Giovanni Battista Pergolesi.

Caroline Mutel et Sébastien d’Hérin

 

2 – Ce qui m’inspire dans le Stabat Mater, ce n’est pas tant la figure religieuse de la mère que celle d’une humanité sacrifiée, dont la douleur s’exprime de multiples façons.

Dans ce spectacle, j’ai souhaité que la mise en scène se mette au service de la musique et lui permette de se déployer dans l’espace et la lumière. J’ai choisi de créer trois portraits de la douleur, incarnés par les corps de danseurs et de circassiens, qui montreront au public contemporain combien le message de Pergolèse est universel et intemporel.

David Bobée

 

3 – Qui pourrait dans l’indifférence contempler cette souffrance de la mère auprès de son fils ?

Ce Stabat Mater est composé en 1736 à la demande de la confrérie dei Cavalieri della Vergine dei dolori. Sur son lit de mort, Pergolèse rend une partition qui doit renouveler la musique des offices de Naples pour la Semaine Sainte. Il compose ce nouvel opus sur un effectif musical identique à l’oeuvre éponyme d’Alessandro Scarlatti : deux voix et un ensemble à cordes. La cantate profane et le duo de chambre influencent le jeune maître validant l’idée que le goût napolitain pour le théâtre triomphait également à l’église. Pergolèse, dans une alternance stricte, presque classique, de duos et d’arias solistes applique les usages de l’opéra. Il resserre musicalement le traitement du texte religieux, ne conservant que 12 numéros pour affirmer la force spirituelle d’un poème né cinq siècles plus tôt et passé depuis dans le rite.

« Ce divin poème de la douleur, ému et profond », selon Bellini, traduit une émotion extrême : il ne s’agit pas du chant du cygne d’un artiste aux portes de la mort, mais bien d’un chant d’humanisme sincère et plein d’espoir. Pergolèse reste simple dans son expression, au plus près de ce texte ; sa musique, élevée et résolument charnelle, est tournée vers l’avenir. Elle renvoie à toute une palette d’émotions, d’affects intenses et variés : l’évidence et la simplicité règnent entre volupté lyrique et légèreté instrumentale. C’est une invitation au voyage, une plongée dans la mémoire collective, celle d’une vieille Europe chrétienne, avec en toile de fond quelques images de carnaval. Nimbées de dissonances, d’harmonies et de contrepoints les plus expressifs, les passions se révèlent dans une synesthésie des tonalités, oscillant entre le fragile fa mineur où le doute et la douleur règnent, pour éclater dans un si bémol majeur salvateur. Cette alternance traduit une science de la composition à part, une exceptionnelle dramaturgie de la douleur.

La voix des anges transcende cette oeuvre parfois galvaudée, et les instruments historiques aux timbres chauds nous laissent dans cette exquise volupté, entre abandon et espérance…

Sébastien d’Hérin

 

4 – Notes de Caroline Mutel

Nous avons suivi la ligne pure de la musique de Pergolèse et tracé un premier chemin de carton : parvis de rue pour musique sacrée célébrant l’humain, symbole de ceux qui n’ont plus rien.

Nos regards se sont portés sur la douleur d’une mère, celle de toutes les mères, dépassant le mythe judéo-chrétien et interrogeant notre présent, dont il est empreint.

Avec l’orchestre pour écrin, nos corps se sont lancés, apatrides, douloureux, homme, femme, divin ; des corps qui parlent, dansent, chantent, se déforment, entrent en transe, exultent, se rencontrent, s’ignorent, se méconnaissent, s’aiment et enfin s’accordent.

Nous désirions avant tout que cette partition puisse s’incarner, faisant le choix de mettre en scène des instrumentistes avec leurs boyaux de cordes vibrant et projetant en images et en jeu leurs inspirations sonores, nous avons tenté de « corprendre », d’éprouver les souffrances de l’errant : l’homme en mouvement.

Ce mouvement qui permet de rester en vie, au rythme de la fuite, du coeur qui bat et qui chante.

Tous ensemble, artistes et créateurs, nous nous sommes faits passeurs de mots, de sens, de questions surtout.

Notre Stabat Mater, de chair et de sang, de rire et de larme, parle d’un Roi-migrant élu en son royaume de précarité et du message qu’il porte.

Nous avons intégré à notre partition les témoignages recueillis auprès de réfugiés et laissé apparaître d’autres compositions pour les accompagner. D’autres acteurs sont aussi présents, laissant la réalité rejoindre la fiction.

 

5 – Documentaire radiophonique utilisé : « Bienvenue, un voyage à bord de l’Aquarius, bateau de sauvetage affreté par l’O.N.G. S.O.S. Méditerranée – rencontre avec les vivants » (production et réalisation de Fabienne Laumonier, avec le soutien de l’Atelier de création sonore et radiophonique- Bruxelles (A.C.S.R.) et du Fonds d’aide à la création radiophonique de la fédération Wallonie-Bruxelles, 2017).

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Durée : 3 heures

EQUIPE ARTISTIQUE

Direction musicale : Sébastien d’Hérin
Mise en scène : David Bobée et Caroline Mutel
Solistes : Caroline Mutel et Aurore Ugolin
Danseur : Bobie Mfoumou
Acrobate : Salvatore Cappello
Lumières : Stéphane « Babi » Aubert
Son : Félix Perdreau / Les Nouveaux Caractères

EXTRAIT DE PRESSE